mardi 11 septembre 2012

2012-08-18 Le Vignemale & le glacier d'Ossoue


Cette année j'ai émis le souhait auprès de mon épouse et de mon beau-père de profiter de notre petit séjour pyrénéen pour parcourir quelques hauts sommets de ces belles montagnes.
Je pensais principalement à de la Pique-Longue du Vignemale dont la voie normale traverse un vaste glacier, un des derniers du massif, le réchauffement climatique ayant réduit à peau de chagrin la plupart. Le glacier d'Ossoue à lui même perdu plus de 50% de son volume de glace depuis le XIXéme siècle.

Photo Sylvain Rondi
_18 aout 2012, 5h55, 1720m. Après un bivouac au bord du Gave d'Ossoue sur la grande zone plate à l'aval du barrage du même nom, nous partons mon beau-père André, Sylvain, son fils, et moi pour cette belle aventure qui consiste à gravir les quelques 1600m qui nous sépare de la Pique Longue. Grand beau, le ciel a été illuminé d'étoiles toute la nuit. Venus et Jupiter, qui ce sont levés un peu avant nous, nous éclairent de leur bienveillance. C'est la canicule et malgré l'altitude et cette fin de nuit nous sentons un vent chaud venu du sud nous souffler régulièrement sur le visage. Nous tombons les polaires seulement quelques mètres après le départ.
"Hola".
"Hola" répondons nous au deux espagnols qui nous saluent tandis que nous rangeons nos vestes dans nos sacs.
_6h15. Nous voilà au barrage. Le panneau un peu plus bas annonçait 1heure
_6h36. Nous franchissons le gave d'Ossoue sur la passerelle en bois. Ici les choses sérieuses commencent. A partir d'ici il n'y a plus de portion horizontale jusqu'au sommet. 1432m d'ascension pour 3419m de distance soit une pente moyenne de 41%, ça fait peur! heureusement on va faire quelques virages.
A part ça, il fait suffisamment jour pour se passer des frontales.
_6h50, 2000m. Nous arrivons au dessus de la cascade. Les espagnols s'arrêtent pour se déshabiller. Un trio de français, qui c’était intercalé entre nous au barrage, les imites. L'endroit est très mal choisi, il surplombent le torrent d'une centaine de mètre, et les rochers du sentier sont polis par le passage des randonneurs. Un faux mouvement, une perte d'équilibre et hop....

_7h00. Nous voilà au "Pont de Neige". Il y a bien longtemps qui n'y a plus de neige ici sauf un petit névé qui subsiste au fond du talweg.
Peu après nous traversons le ruisseau de Montferrat. Le sentier s'élève alors rapidement par une succession de S. Nous atteignons bientôt les 2200m
Photo Sylvain Rondi
Photo Sylvain Rondi
_7h19. Nous quittons le GR10 pour prendre vers l'ouest un éperon herbeux qui nous permettra de rejoindre directement le pied du Glacier d'Ossoue sans passer par les Grottes Bellevues. Nous nous épargnerons ainsi un peu de distance. Les premiers mètres de cette croupe herbeuse sont raides, exposés et aucun sentier n'est là pour faciliter la progression. (Cet itinéraire est donc réservé aux personnes ayant une bonne habitude de la marche en montagne sur des terrains délicats et une bonne condition physique.)
7h45: Une fois la section délicate passée nous profitons d'un petit replat pour nous ravitailler. La vue commence à s'ouvrir, et c'est déjà beau!

La vallée d'Ossoue
Mes compagnons de cordée
8h00: Quelques minutes à peine après cette courte pause, nous repérons une harde d'isards. Tandis qu'André et moi continuons notre ascension tranquillement, Sylvain va voir de plus près et essayer de ramener quelques belles images. C'est pour le moins réussi:
Photo Sylvain Rondi
Photo Sylvain Rondi
Photo Sylvain Rondi
8h15, 2650m: La croupe herbeuse laisse peu à peu la place à la pierre. Entre les quelques touffes d'herbes et les détritus morainique apparaissent les premières dalles de calcaire.

Tichodrome échelette
8h30: Cent mètres plus haut, la végétation à totalement disparu. Nous avançons désormais sur d’immenses dalles de marbre polies par le glacier. Les moulins de celui-ci ont parfois creusé des pots avec tant d'énergie qu'ils ont perforé non seulement la glace mais aussi la roche qui se trouvait dessous. Si certain de ces trous sont comblés par des pierres, d'autres sont si profond que nous ne pouvons en évaluer l'ampleur.
Nous surprendrons un tichodrome échelette à proximité d'une de ces cavités.

8h45: Le Glacier est en vue. Nous marchons toujours sur ces immenses dalles de marbres. Toutefois leur morphologie change peu à peu, elles deviennent plus douces, toutes en rondeurs. Les dépôts morainiques se font  plus rares et quelques creux plein d'eau font leur apparition. Sylvain et moi admirons les dépôts de calcite parfois laissées par le glacier sur ces belles dalles.

Photo Sylvain Rondi
Photo Sylvain Rondi


8h50,2920m: Nous voilà au pied du glacier. Un petit vent frais en descend. Tandis qu'André relève le waypoint afin d’évaluer la progression de la fonte de glacier, Sylvain et moi nous nous équipons de nos crampons et baudrier. Je profite de cette courte pose pour boire, manger quelques fruits sec et enfiler une petit polaire coupe-vent.
Photo Sylvain Rondi

9h05: Au moment ou nous quittons la roche pour la glace un gros groupe d'une vingtaine de personnes arrive.
En cette seconde quinzaine d'aout, la neige a totalement disparu du glacier, les crevasses sont bien ouvertes et parfaitement visibles. La corde n’étant donc pas indispensable pour l'instant elle reste dans le sac.
Photo Sylvain Rondi

9h15: Nous passons la barre symbolique des 3000m.
Tout en observant les moulins et contournant les crevasses, nous progressons ainsi tranquillement à travers cette vaste étendue glacière, avec toujours en point de mire la Pique Longue du Vignemale


Photo Sylvain Rondi
Photo André Rondi
Photo Sylvain Rondi
Parfois nous découvrons quelques objets hétéroclites laissés par nos prédécesseurs, objets aujourd'hui en surface mais qui reposent ici depuis probablement des dizaines d'années. Ainsi au cours de notre ascencion nous avons découvert une vielle caisse de bois, le collecteur d'un vieux moteur, un fer de mule, des percuteurs d'obus, ce cylindre d'acier et ce tube de dragées énergétique datant de 1962 (ci-dessous). Comme quoi les gels modernes ne sont pas en soit une nouveauté!

Photo Sylvain Rondi
Photo Sylvain Rondi



Photo Sylvain Rondi



9h37: Avant d'entamer la grimpette finale, nous allons faire un détour à la Brèche de Gaube, histoire de voir à quoi ressemble le Couloir de Gaube. Henri Brulle, un des grands pyrénéïstes de la fin du XIXéme siècle et vainqueur de la première ascension grâce à l'exploit du guide Célestin Passet, le définit ainsi: 
«Le Couloir de Gaube est une fascinante et provocante cheminée de neige et de glace, ouverte dans la paroi nord du Vignemale, vertigineuse et haute de 600 mètres».


Aujourd'hui il n'y a plus ni neige ni glace dans le fameux couloir, et tenter son ascension serait suicidaire. En effet, une petite moraine du Glacier d'Ossoue se déverse dedans, rendant le terrain très instable et les chutes de pierres plus que fréquentes.

Photo Sylvain Rondi


9h50, 3185m: Nous voici au pied de la Pique longue.  Nous remplaçons les crampons par le casque et attaquons de front ce rocher facile qui permet de rejoindre le sommet.  Si cette escalade ne comporte pas de difficulté, il faut toutefois regarder ou on met mains et pieds, le schiste sur lequel on grimpe en parti n’étant pas d'un grande stabilité.



10h00: Après avoir grimpé "droit dans le pentu" nous bifurquons plein Est afin de rejoindre la Grotte Paradis que nous atteignons 3 minutes plus tard. Achevé en 1893, cette grotte est la dernière que fit construire le Comte Henry Russell sur les flancs du Vignemale.
Photo Sylvain Rondi
Photo André Rondi




De la grotte la vue plongeante sur le bassin du glacier d'Ossoue et les sommets qui l'entourent est superbe. On comprend alors le désir de Russell de bivouaquer ici pour y admirer le lever de soleil.

10h05: Après quelques photos nous voilà repartis pour achever cette belle ascension. Nous atteignons l'arête ouest en quelques secondes, rejoindre le sommet n'est alors plus qu'une formalité.

Photo Sylvain Rondi
Photo André Rondi




10h08, 3298m: Nous voilà au sommet. Grandiose, la vue est tout simplement magique, bien que le ciel soit laiteux et que les sommets les plus loins soient noyés dans la brume de chaleur.

Telle une proue de navire la Pique Longue pénètre au cœur du versant nord des Pyrénées. Sa position dominante et la verticalité de sa face nord nous offre un panorama féérique sur les sommets environnements. La vue plongeante sur les couloirs de Gaube et du Clot de la Hount sont très impressionnantes.

Cinq personnes sont déjà là. Après la prise de quelques photos, nous nous trouvons un petit coin pour sortir notre casse-croûte et admirer le paysage tranquillement. Au bout d'un petit moment nous sommes seul. 10h35: Le pique-nique fini il nous faut penser à redescendre, mais cela est une autre histoire qui vous sera contée en cliquant sur: 2012-08-18 De la Pique Longue au Montferrat

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