jeudi 24 janvier 2013

2012-09-14 Nadelhorn

Valais. Suisse. 14 septembre 2012, 5h30.
Il fait nuit noire sur cette arête du Schawrzhorn et la faible lueur de nos frontales éclaire difficilement les rochers glissants de neige et de verglas sur lesquels nous marchons. Pourquoi diable, ne suis-je pas resté au chaud dans la douillette Mischabelhütte?

Nous avons rejoint ce superbe refuge la veille à 16h30 après avoir gravi en moins de 2 heures les quelques 1000m de dénivelé qui le sépare de la station supérieure de la télécabine du Hannig.
Cette montée est vraiment spectaculaire et est en soit une superbe balade technique. Imaginez un itinéraire quasi vertical, sur une arête rocheuse où câbles et échelles ne sont pas de trop pour vous aider à vous monter vous et votre sac, avec en ligne de mire un petite chalet de bois et entre vos jambes la petite station de Saas-Fee qui s'éloigne inexorablement tel à travers le plancher d'un ascenseur. Dés que votre regard quitte cette arête vous avez sous les yeux les vastes étendus glacières de ces sommets du Valais suisse qui sont pour la plupart des 4000. Crevasses, séracs, moraines et rimayes, sans parler de cette minéralité omniprésente. Finis les prés, les forêts, les alpages. Finis les marmottes, les chamois, les bouquetins. Seul les chocards vous suivent. Bienvenue en haute montagne!



Une bonne nuit de sommeil, un copieux diner et petit déjeuner, le sourire de la jolie et chaleureuse gardienne francophone, voilà de quoi vous motiver pour partir à l'assaut de votre premier 4000.

6h00, 3500m. La nuit est superbe la voute céleste somptueuse laisse augurer une belle journée. Au sud-est les lumières de l'agglomération milanaise forment un halo par delà la frontière.
André, cet infatigable arpenteur de montagne, me guide à travers ce dédale de rocs et de glaces. A une dizaine de mètres derrière moi suivent les deux allemands rencontrés la veille au soir lors du souper. A la fin de celui-ci, ne connaissant pas le glacier du Hohbalmgletscher, ils nous ont demandé s'ils pouvait partager notre cordée pour sa traversée jusqu'au Windjoch. Nous avons accepté.

6h15, 3570m. Nous voilà tous les quatre sur le glacier. Nous chaussons nos crampons et nous encordons. Devant nous les frontales d'autres cordées nous balisent l’itinéraire. André suit la trace dans la pénombre, je lui emboite le pas, corde tendue, le piolet à la main, prêt à enrayer une éventuelle chute. Derrière les deux allemands font de même pour moi.

6h50, 3640m .Après avoir franchi la partie horizontale du glacier, nous voilà au pied du Windjoch. A l'est le soleil auréole les sommets de chaudes couleurs.
Le spectacle est magnifique et nous prenons quelques minutes pour l'admirer.
Rapidement les dernières étoiles disparaissent dans la lumière doré de cette belle journée de septembre et les montagnes s'embrasent.


Nous attaquons l'ascension du Windjoch par une montée vers le nord afin de contourner les pentes les plus raides. Quelques crevasses sont ouvertes, nous les franchissons prudemment. Arrivés sous l'éperon sud-est de l'Ulrichshorn, après un virage à 90°, nous découvrons le sommet convoité inondé d'une belle couleur orangée.


Quelques minutes ont passé et nous voici à notre tour inondé par cette chaude lumière.
Le "Col du Vent " n'est plus très loin désormais, mais l'altitude commence à se faire sentir et une neige compacte en surface et poudreuse dessous ne facilite pas la progression

7h25, 3820m. Nous voici juste sous le col. Nous profitons d'un petit plateau naturel à l’abri du vent pour nous séparer de nos compagnons allemands et nous ravitailler un peu.



7h40, 3860m. Le Windjoch est franchi, désormais il ne nous reste qu'un peu plus d'un kilomètre et 500m de dénivelé à parcourir sur l'arête pour rejoindre le Nadelhorn.
Le paysage est somptueux. L'air est très pur,  une couche de cirro-cumulus et le soleil rasant du matin nous offre une luminosité exceptionnel. Au nord les sommets de l'Oberland se découpent dans le ciel d'azur.
Derrière nous, une cordée parcourt l'arête sud des 3925m de l'Ulrichshorn


8h05: Nous franchissons la barre symbolique des 4000 mètres.

L'ascension se poursuit le long de l'arête dans la neige compacte d'une longue congère, congère qui forme une belle corniche au dessus des pentes dominant l'Hohbalmgletscher.
Toutefois nous devons parfois contourner un petit éperon rocheux, lequel nous impose un passage dans le grand toboggan glacé de la face ouest. La glace y est dure et  la lame de nos piolets a du mal à y pénétrer afin de nous offrir un ancrage sûr. Nous y progressons lentement en assurant chacun de nos pas. Nos crampons se révèlent suffisamment efficaces sur ce terrain pour nous permettre de rejoindre la relative sécurité de l'arête sans encombre.
Le ciel se couvre peu à peu et le vent modéré rafraichi l'atmosphère
 
8h55, 4260m. Quelques mètres sous le sommet.
Nous quittons la neige et basculons dans la face est. Pour franchir le dernier ressaut,  il nous faut y gravir une espèce de vire pentue qui nous mènera au pied de la croix sommitale. Nous déposons nos piolets et grimpons entre neige fraiche et rocher pour une ascension moins technique qu'il ne parait au premier abord.


9h05, 4327m. Me voici au sommet de mon premier 4000.

La vue est superbe, le Cervin (Matterhorn), la Dent d'Hérens, la pointe de Zinal et la Dent Blanche sont à toucher. Au loin les massifs du Mont Blanc et du Grand Paradis baignés de soleil resplendissent de leurs éclatantes blancheurs.
A l'est la Suisse est à l'ombre tandis que l'Italie est sous un ciel limpide. Le lac Majeur miroite au soleil


Le ciel couvert et le vent fort rendent l'ambiance glaciale ! Nous prenons juste le temps d'admirer le panorama et de faire quelques photos pour immortaliser tout cela avant de redescendre.

9h15, 4300m. Tout en étant prudents, nous descendons rapidement la petite vire de la face est, avant de retrouver nos piolets et la neige de l'arête.
Peu à peu le soleil gagne du terrain et nous offre tout au long de la descente un spectacle inoubliable aux contrastes et couleurs fabuleux.




10h07, 3850m. Nous voici de retour au Windjoch. Nous jetons un dernier coup d’œil sur l'arête avant de rejoindre le petit plateau ensoleillé à l’abri du vent pour nous ravitailler un peu. Lorsque nous repartons le soleil à gagné définitivement la partie. C'est donc sous le ciel bleu sombre et pur que peut nous offrir la haute altitude que nous rejoignons l'Hohbalmgletscher

Il nous faudra 10 minutes pour rejoindre le glacier et 20 de plus pour le traverser. La plupart des crevasses sont bouchées mais les différences de teintes de la neige nous confirment qu'elles ne sont pas loin.

11h00, 3600m. Nous voilà de retour sur l'arête rocheuse du Schawrzhorn. Nous nous décordons et rangeons les crampons dans nos sacs. La suite de la descente est sans histoire et à 11h30 nous posons notre fardeau à Mischabelhütte afin d'y déguster une bonne soupe!


12h20, 3335m. Nous quittons le refuge pour cette belle et impressionnante descente vers la station supérieure de la télécabine du Hannig et Saas Fee.
La neige a fondu depuis la veille et le parcours des "câbles et échelles" s'avère moins  délicat que nous nous y attendions.  Mais quelle est longue cette descente, et la traversée vers le Hanning depuis Schönegge parait interminable pour mes jambes fatiguées.

14h00, 2336m. Nous embarquons dans la télécabine dans quelques minutes nous serons à Saas-fee. Nous y reprendrons des forces avant de remonter vers le Felskinn et Britanniahütte par l’Alpin-Express pour tenter l'ascension de l'Allalinhorn demain!

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